Hashem al-Jazzeh, la Palestine asphyxiée

AshemPublié dans le Crassier Rouge de l’automne 2015

Par Jules F. et Simon P.

Triste anniversaire que celui du décès de notre ami palestinien Hashem Azzeh, qui nous avait ouvert ses portes lors de chacun de nos voyages en Palestine occupée. Il vivait dans sa maison de famille, en plein milieu de la colonie sioniste d’Hébron, colonie qui s’est implantée en plein centre ville où 400 colons sont protégés par 4 000 soldats. Grâce à eux, ces 400 colons imposent leur loi à plus de 160 000 Palestiniens.

Lors de nos différents voyages, les mots que nous entendîmes des colons voisins furent ceux-là : « Mort aux arabes et mort aux goys* ! ».

Il semble que les soldats israéliens aient exécuté leur volonté.

Le seul crime d’Hashem fut de refuser 20 millions de dollars pour partir de chez lui, de sa terre, de sa maison. Son acte de résistance fut de faire visiter sa maison, sa ville, son quartier colonisé, à des centaines de militants de tout horizons, pour montrer au monde entier la violence de la vie dans les colonies sionistes.

Ils veulent m’expulser de mes terres, mais je n’abandonnerai jamais, nous continuerons à lutter jusqu’à notre libération.

Ce résistant pacifiste, fut tué le 21 octobre par les forces d’occupation lors d’une intervention des forces israélienne à Bab al-Zawiya dans le centre Hébron. Il est mort asphyxié par des gaz lacrymogènes utilisés par les forces israéliennes. Hashem avait 54 ans, il était pour beaucoup d’entre nous « le dernier résident palestinien » au cœur de la vieille ville colonisée par les israéliens.

Nous avons une pensée pour le peuple palestinien, pour chaque résistant, pour les prisonniers politiques palestiniens mais plus particulièrement pour sa femme et ses enfants, aujourd’hui seuls au milieu d’une des colonies la plus violente de Cisjordanie.

On continue le combat en pensant aux mots de Hashem qui nous disait ceci quand on lui demandait ce qu’on pouvait faire :

Ne nous envoyez rien, pas de nourriture, de couvertures. Changez la position de votre gouvernement, ce sera la meilleure des actions.                                 

*non juifs

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Un camarade franco-kurde prisonnier politique en 2015

dsc08796-e1368220795599Publié dans le Crassier Rouge de l’hiver 2015

Par Birkan A.

Le camarade décrit ici ne voulant pas que son véritable nom soit dévoilé, nous l’appellerons « Aziz ».

Né en 1977 dans la ville de Sivas, en Turquie, issu d’une famille kurde-alévi, le camarade Aziz adhère en 1993 au TDKP (Parti Communiste Révolutionnaire de Turquie).

Le 1er mai 1996, il participe à la manifestation de la Fête du Travail à Istanbul. Cette manifestation, organisée clandestinement, rassemble alors près de 5000 militants communistes et affiliés. La manifestation organisée par le TDKP ainsi que par les deux syndicats pro-révolutionnaires (Türk-Is et DISK), en pleine période de conflit en Turquie (guerre du Kurdistan), dégénère et trouve le surnom de « 1er mai sanglant de 1996 ». Lors de cette manifestation, les camarades du TDKP défilent au pas en clamant « Ce bruit de pas, c’est celui de la Révolution en marche ! ». Mais les manifestants sont rapidement attaqués par la police d’Istanbul, commandée par le maire de la ville stambouliote Recep Tayyip Erdogan. La police tue deux camarades par balles ce jour-là.

Le camarade Aziz est confronté à la police lors de ce 1er mai 1996. En compagnie de cinq autres camarades du TDKP, il court dans les rues d’Istanbul, suivant ses camarades. Les cinq militants que suivait Aziz décident de lancer des cocktails Molotov sur un des nombreux centres des impôts de la ville. Les cinq hommes ainsi qu’Aziz se font arrêter et sont conduits au commissariat principal d’Istanbul. Là-bas, Aziz se fait torturer pendant trois jours et les forces de l’ordre l’obligent à signer des aveux écrits par leur soin ; obligeant Aziz à se déclarer comme un militant terroriste. Le procès d’Aziz devait avoir lieu en septembre 1996. Il décide de prendre la fuite et de se rendre en France en août de la même année. Il est donc reconnu coupable de ne pas s’être présenté à son procès et « d’avoir senti l’essence » le jour de son arrestation.

Arrivé en France en août 1996, Aziz mène une vie « normale » : marié, deux enfants, artisan à son compte, propriétaire terrien. Il obtient la nationalité française en 2002 et il se retrouve donc avec la double nationalité franco-turque. En janvier 2015, soit 19 ans après son arrivée en France, il décide de se rendre à la frontière turco-géorgienne pour voir son père malade, resté en Turquie. Il décide de se rendre en Géorgie en avion en prenant le vol Lyon-Tbilissi. Après le contrôle de son passeport, il est arrêté et placé en garde à vue car il était sur « liste rouge Interpole », ce dont il n’était pas au courant puisqu’il avait voyagé les deux décennies précédentes dans divers pays d’Europe (Grèce, Suisse, Biélorussie). Étant resté en prison de janvier à août, la justice géorgienne décide de le laisser en liberté conditionnelle dans la capitale en attente de son procès qui devait avoir lieu en mars 2016. En cas de condamnation, il aurait été extradé dans une prison en Turquie (où il aurait probablement subit de nouvelles tortures). Soutenu depuis la France par sa famille (qui a organisé une manifestation en juin 2015 avec des groupes politiques comme les Jeunes Communistes de la Loire ou le PCF du Rhône), il demande à être transféré de la Géorgie à l’Arménie (via l’Ambassade de France de Géorgie) en octobre, où le gouvernement décide de lui rendre sa liberté et de l’envoyer en France. Il revient en France en novembre 2015.