Les oubliés de la République

crassier rougehiver2015bandeauPublié dans le Crassier Rouge de l’hiver 2015

Par Hedi Z.

 

On les appelle, à juste titre , les oubliés de la République. À l’heure où le succès militaire de la Seconde Guerre Mondiale est attribué essentiellement aux troupes anglo-saxonnes, triste est le sort des soldats africains dont la mémoire refait uniquement surface pendant les commémorations nationales.  Pourtant, entre juin 1940 et mai 1945, ils sont plus de 550 000 à fouler le sol français et italien dans le cadre des différentes offensives menées par « les armées de libération ». Algériens, tunisiens, marocains, sénégalais… C’est près de 60 000 hommes qui n’en reviendront pas et qui périront pour un pays qui les oubliera 60 ans plus tard et qui marquera cet oubli par une stigmatisation perpétuelle de leurs descendance.

Nous sommes en août 1944 et une armée de 300 000 hommes vient de débarquer dans le sud de la France. Cette armée, c’est l’armée d’Afrique. Son rôle ? Ouvrir un deuxième front après le débarquement en Normandie du 6 juin 1944.

Ces hommes libéreront presque tout le sud de la France. L’offensive planifiée prévoyait de débarquer en Provence puis de remonter le Rhône pour rejoindre le reste des troupes alliées de libération. En moins d’un mois, ils libéreront Gap, Grenoble, Toulon, Montélimar, Marseille puis Lyon jusqu’à rejoindre les troupes du Front de l’Ouest le 12 septembre. Une partie des hommes qui composaient cette armée pris aussi part à la libération de Paris.

Malgré cette réussite et la participation évidente des pays africains dans la libération française , leur participation est à peine évoquée dans les livres scolaires et l’hommage qui leur est rendu est risible. Jusqu’en 2006 et la sortie du film « Indigène », une grande partie de la population n’avait aucune idée du rôle central joué par les combattants des colonies dans le processus de libération.

D’esclaves à chairs à canon, pour finir colonisés, et nos propres enfants ont finis diabolisés.

Idir et Disiz la peste – Médailles en chocolat

Plus qu’un oubli historique et politique, l’État Français ira plus loin en distinguant de manière ethnique, et donc discriminatoire, les pensions des anciens combattants. Tandis qu’elle s’élève à 620 euros pour un Français, elle est en revanche de moins de 150 euros pour un « Indigène ». Aussi, comment ne peut-on pas faire le parallèle avec le comportement impérialiste de l’Etat Français en Algérie ou encore au Sénégal dans sa répression face aux luttes populaires d’indépendance de ses colonies.

L’Etat Français, en créant une différence dans les rétributions a oublié sa dette morale et a fait payer au prix fort la perte de « ses » colonies à la sortie de la 2nde guerre mondiale.

À l’heure où une France amnésique bascule peu à peu vers un repli identitaire, à l’heure où l’extrême droite est perçue par une partie de la population comme le seul exutoire face à un système capitaliste liberticide qui prône la division des masses en occultant une partie de sa propre histoire, il est nécessaire de réhabiliter la mémoire de ces hommes et ces femmes qui combattirent et moururent au profit d’une guerre qui n’était pas la leur.

En racialisant le concept d’identité, l’Etat Français accentue fatalement une dangereuse fracture sociale et vient définitivement souiller la mémoire de « ses » anciens combattants..

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