30 ans de l’EDSA People Power: La révolution n’est pas finie !

MT-18

Publié le 1er mars 2016

Par Hugo A.

Le matin du 25 Février nous rappelle une révolution qui renversa un dictateur il y a maintenant 30 ans.

Sous la chaleur de l’après-midi le long de l’Avenue Ortigas, des drapeaux, principalement rouges, s’agitent. Pour les centaines qui marchèrent le long de l’EDSA (Epifanio de los Santos Avenue), la révolte des People Power de 1986 ne fut pas tant une révolution qu’un simple changement de noms de l’élite dominante.

Des centaines d’agents de la Police Nationale Philippine (PNP) ont empêché les manifestant d’accéder au sanctuaire de l’EDSA. Des affrontements ont éclatés entre la police et les manifestants alors que ces derniers se dirigeaient en direction du sanctuaire, une scène rappelant le triomphe historique du peuple sur cette même avenue.

Pendant ce temps, la commémoration officielle était aussi pompeuse et soignée que les débuts de People Power étaient désorganisés.

Plus tôt ce jour là, des confettis jaunes jonchaient rues et autoponts. Des drapeaux blancs, bleus et jaunes ornaient le sanctuaire de l’EDSA. Pendant la commémoration du 30ème anniversaire de la révolte du People Power, le Président Benigno « Noynoy » Aquino III rappelait ses parents Benigno Aquino, Jr. et Corazon Aquino au peuple Philippin, considérés par beaucoup comme des héros de notre démocratie restaurée.

Bien que le Bagong Alyansang Makabayan (BAYAN) considère que la révolte de People Power de l’EDSA a prouvé qu’une action collective pouvait renverser un régime tel que la dictature de Marcos, le groupe insiste cependant qu’un changement fondamental n’a pas encore été observé.

Réforme agraire, une creuse promesse

Selon le Kilusang Magbubukid ng Pilipinas (Mouvement Paysan des Philippines), neuf paysans sur dix ne possèdent aucune terre. Une véritable réforme agraire élude toujours aux haciendas et plantations de province.

People Power institua Corazon Aquino en tant que nouvelle présidente, cette dernière présentant le projet de réforme agraire comme un projet phare de son administration. Mais jusqu’ici, aucune réelle réforme n’a pu être observée.

Le fameux massacre de Mendiola causa la mort de 13 paysans lorsque l’armée ouvrit le feu sur la manifestation prenant place aux portes du palace de Malacañang le 22 Janvier 1987, moins d’un an après la révolte de l’EDSA et seulement quelques mois après l’investiture de Corazon Aquino.

« Le Programme de Réforme Agraire Complet de Cory (CARP) n’a jamais brisé les monopoles des propriétaires terriens. Comment cela pourrait être le cas alors que la famille d’Aquino fait partie des plus gros propriétaires du pays? », à interrogé Raymond Palatino, président du BAYAN du Grand Manille.

Grace au CARP, les Cojuangco-Aquino ont pu conserver la propriété de leur terres en utilisant l’option de distribution d’actions, faisant des paysans et ouvriers agricoles des actionnaires au lieu de propriétaires.

Le massacre de l’Hacienda Luisita coûta la vie de 7 paysans le 16 Novembre 2004, Noynoy Aquino étant alors député du district. Les paysans et ouvriers agricoles en grève, des soldats d’un camp militaire voisin ainsi que des gardes de sécurité ouvrirent le feu sur les manifestants.

La Cour Suprême décida en 2012 de céder la propriété de l’Hacienda Luisita de près de 5000 hectares au paysans.

« Les Cojuangco continuent encore à ce jour d’échapper à la réforme agraire, pour l’Hacienda Luisita par le biais d’une redistribution à la tambyolo (tirage au sort), vendant les lots de terrain à des entreprises privées ainsi qu’au gouvernement de Noynoy Aquino afin de réduire profits et terres normalement distribuées aux travailleurs » a rajouté Palatino.

Assauts de néo-libéralisation

Les travailleurs sont désormais exploités pour de maigres revenus et doivent constamment faire face à la menace de licenciement pesant sur eux, menace due à la contractualisation de leur emploi instituée lors du mandat de Cory.

La Loi Herrera, promulguée le 2 Mars 1989, amenda le Code du Travail et bâtit le terrain juridique afin de mettre en place les conventions de travail contractuels, réduisant le revenu des travailleurs, tout en introduisant une politique de jurisprudence (Assumption of Jurisdiction,).

Selon les Articles 106-109 de la Loi Herrera, le Secrétaire du Travail est autorisé à ordonner l’emploi de contractuels et autres travailleurs non permanents, comme en témoigne l’exemple de l’Ordre Départemental 18-A passé en 2011. En parallèle, l’article 263 autorise le Secrétaire au Travail à ordonner jurisprudence, justifiant un déploiement prompt des forces de police et militaires en cas de litige entre patronat et travailleurs. Cette utilisation de la jurisprudence est une méthode gouvernementale de répression des grèves qui fut par exemple utilisée lors du massacre de l’Hacienda Luisita.

La vente des biens de l’État afin de financer le secteur privé au détriment des services publics, notamment l’électricité, l’eau ou l’irrigation commença également sous la présidence de Corazon Aquino.

« Le gouvernement a écarté l’opportunité de renforcer et de construire ses propres entreprises en privilégiant le secteur privé. Cette situation établie par le gouvernement a facilité leur entreprise de liquidation des biens d’État, bien souvent aux frais des Philippins. Nous devons désormais nous procurer les services les plus basiques auprès de compagnies privées, le gouvernement à même dérégulé de nombreuses industries d’intérêt général. Nous devons désormais faire face à la hausse des prix de ces services et ce, malgré la médiocrité ou l’inefficacité desdits services, » affirme Palatino.

 

Perpétuation des atteintes aux Droits de l’Homme

Parmi les manifestants du 30ème anniversaire du People Power se trouvaient des survivants de torture et répressions politique durant la Loi Martiale. Selon ces derniers, des répressions du même genre existent encore aujourd’hui.

Par le biais de plusieurs discours le long de l’EDSA, différents groupes ont décrit la violence des groupes paramilitaires et des milices apparues lors de la présidence de Cory Aquino; la guerre totale contre les groupes armés Moro de l’administration Estrada; les exécutions extrajudiciaires (Extrajudicial Killings, EJKs) du régime Arroyo; ainsi que le nombre croissant de prisonniers politiques, EJKs et déplacement massifs de minorités nationales sous l’administration actuelle.

Un intervenant a rappelé qu’un jour avant l’anniversaire de People Power, le site d’évacuation de 700 Lumad (groupe indigène), la Maison Haran, appartenant à l’Église Unifiée du Christ des Philippines (UCCP) à Davao, a été incendié par des contingents supposés paramilitaires ainsi que militaires. Les Lumads subissent un harcèlement soutenu de la part de groupes militaires et paramilitaires depuis leur évacuation à l’UCCP Haran. L’existence de groupes paramilitaires aujourd’hui n’est pas sans rappeler le programme de conflit de faible intensité à but de contre-insurrection de Corey Aquino; présenté comme « axé sur le service communautaire » tandis que des milices perpétuent une violence systémique d’État.

No more Marcos, People Power toujours d’actualité

« Bien que les gens se rendent compte qu’aucun changement social de fond n’a eu lieu sous Cory ni sous les gouvernement suivants, et ce jusqu’à celui de son fils Noynoy, nous ne devons pas oublier la Loi Martiale de Marcos, » a rajouté Palatino

Des membres de la Campagne Contre le Retour des Marcoses à Malacañang (CARMMA) a rejoint la manifestation. La CARMMA a lancé une série de rassemblements de victimes de la Loi Martiale ainsi que de nombreuses manifestations contre la candidature de Bongbong Marcos, l’une d’elle prenant place lors d’une messe en présence d’Imelda Marcos.

Alors que Bongbong continue de cibler la jeunesse, notamment de la génération Y, n’ayant pas connu la Loi Martiale afin de soutenir sa campagne, les membre de la CARMMA jurent de continuer à exposer les méfaits de la Loi Martiale et d’entraver son ambition pour le second poste le plus haut placé du pays.

Le secrétaire général du BAYAN Renato Reyes a rappelé l’importance du People Power au tournant du second tour des élections.

« People Power a pu se produire en raison de l’évidente incapacité des élections de résoudre les crises présente dans la société Philippine. People Power reste d’actualité face à l’injustice et l’oppression. Ce mouvement reste un outil valide afin de changer la société, » a déclaré Reyes.

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