Quai d’Orsay et le rire communicatif

Louis_XVI_pig_caricaturePublié dans le Crassier Rouge de l’hiver 2015

Par Thomas O.

Lorsque l’on parle de cinéma militant, on s’imagine souvent un documentaire pragmatique et descriptif d’une situation inacceptable. Malheureusement, cette conception réductionniste qui cantonne l’image à un simple rôle illustratif a tendance à oublier que forme et contenu dialoguent pour créer du sens.

Un sens commun ? À quoi peut bien servir ce cinéma ? Quelle est la place du spectateur ?

Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier paraîtrait présenter de bonnes pistes de réflexion pour penser ces problématiques.

Militant communiste, Tavernier s’intéresse surtout au potentiel politique du medium cinématographique, à pouvoir s’adresser à l’intelligence du spectateur, à sortir de la pédagogie condescendante en créant des situations, en le faisant réfléchir.

Quai d’Orsay est l’histoire d’une initiation, d’un rituel de dés-idéalisation du monde politique au travers des yeux d’un jeune énarque, Arthur Vlaminck, engagé dans le cabinet du ministère des affaires étrangères. Au fil du récit, Vlaminck découvre que le ministre, Alexandre Taillard de Vorms, est obsédé par le discours politicien et que le cabinet n’est pas une équipe soudée défendant les intérêts de la France et une vision de l’équilibre géopolitique qui lui serait propre, mais une arène où s’affrontent des intérêts individuels divergents.  Bien entendu, le spectateur s’identifie à cette vision « naïve » et va réapprendre à déceler, avec le « héros », les contradictions et les absurdités de son environnement. Ces éléments, soulignés par le fait que le scénariste de la bd originelle, Lanzac, appartint au cabinet de Dominique De Villepin, donne au récit la posture de témoignage, et ce au-delà du caractère caricatural général.

Langage politique depuis le XIème siècle, la caricature a permis d’évaluer le réel en s’autonomisant comme art de la comparaison conciliant l’imitation et la déformation, pour le plaisir qu’engendre la différence admise, après l’expérience de la surprise et de la découverte, entre ce qu’on se préparait à voir et ce qu’on a vu. C’est une sorte de jeu des sept erreurs qui ne dirait pas son nom et qui cacherait son jeu, pour mieux faire rire en le dévoilant avec l’efficacité de la rapidité.

Sa forme schématique nous vient de la pratique de la gravure sur bois, procédé fastidieux mais néanmoins nécessaire pour la production en série d’images de petites tailles.  En fait, la caricature permet certaines formes de distanciations nécessaires pour une mise en dialogue avec le spectateur et c’est peut-être ce qui en fait un art résolument démocratique.

Ainsi, sur le même principe, le film s’inspire directement de faits et de personnages réels, mais sous de faux noms. Il a pour objectif de montrer ce qu’il prétend cacher.

De la caricature à la vignette de bande dessinée, reprise par le style séquencé de Quai d’Orsay, c’est tout un héritage où le citoyen, le lecteur, le spectateur se retrouvent au centre du dispositif. C’est la mise à mort symbolique d’un état de fait, d’un personnage, d’une structure, par la satire.

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