Nicolas, du syndicalisme étudiant au militantisme politique: portrait d’un militant engagé contre les reculs sociaux

Portrait sur le Crassier Rouge de Nicolas, jeune militant des Jeunes Communistes de la Loire, rentré dans le militantisme d’abord par les luttes syndicales étudiantes à l’Université Jean Monnet.

D’abord, une présentation simple: ton âge, d’où tu viens, que fais-tu dans la vie, dans quel milieu as-tu grandi?
J’ai 21 ans, je suis né et j’ai grandi à Roche-la-Molière. J’étais encore étudiant jusqu’en juillet et je suis désormais en recherche d’emploi. J’ai grandi dans un milieu de gauche mais peu ou pas militant (mes parents participaient aux grands mouvements de grève sans être syndiqués, ni membres d’un parti politique).

As-tu toujours été sensible à la politique ? Est-ce un événement particulier qui t’a fait t’y intéresser?
J’ai toujours été sensible à la politique (même petit je suivais les élections, etc.). Il n’y a pas d’évènement en particulier qui m’a fait m’y intéresser même si les élections présidentielles de 2012 ont été importantes.

Quand t’es-tu engagé politiquement ? Dans quel contexte ?
Je me suis engagé au début de l’année 2019, sans contexte particulier mais à la suite de discussions avec des membres de la JC présents dans mon syndicat. (OSE-CGT).

Pourquoi cela t’a-t-il semblé important de t’engager, et d’aller plus loin, de prendre ta carte à la JC?
Participer à la vie d’une organisation politique me semblait important mais aussi apprendre et comprendre des données historiques ou des expériences politiques diverses m’intéressait particulièrement, et de plus la JC était l’organisation la plus proche de mes idées politiques.

Quelles sont les luttes dans lesquelles tu t’es déjà engagé, si c’est le cas?
Je me suis engagé dans les luttes d’abord en 2018 (contre la loi ORE et Parcoursup) et puis contre la réforme des retraites (fin 2019 – début 2020) avec participation à des manifestations, à des assemblées générales à la fac mais aussi à la confection de banderoles.

Dans ton engagement politique, à quoi es-tu le plus sensible?
Les reculs du système social liés au libéralisme, les discriminations au travail au quotidien et les questions internationales.

Qu’est-ce que tu penses que peut t’apporter le militantisme?
Rencontrer des personnes proches de mes idées politiques, lutter à leurs côtés et apprendre des choses variées tant sur le plan de la politique nationale qu’au niveau international.

Y’a-t-il quelqu’un qui t’inspire? (Figure politique)
Les révolutionnaires cubains (notamment Fidel Castro) ainsi que Thomas Sankara (même si j’aimerais en apprendre plus sur lui.)

Ventes d’armes et partenariat stratégique et militaire entre la Grèce et la France: stop aux plans impérialistes en Europe !

armement
Traduction NK

Emmanuel Macron et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont signé mardi un contrat militaire portant sur la commande par Athènes de trois frégates militaires et de 24 avions Rafale. La France et la Grèce ont également annoncé un « renforcement important de la coopération stratégique entre Paris et Athènes » en signant notamment une clause d’assistance mutuelle par « tous les moyens appropriés ». Nous publions ci-dessous la déclaration du Parti communiste de Grèce (KKE) qui dénonce à juste titre ces nouveaux plans impérialistes.

« Le peuple doit comprendre ce qui se cache derrière les jubilations du gouvernement, à savoir les antagonismes et les marchandages géopolitiques féroces dans lesquels la Grèce est dangereusement impliquée. En font partie intégrante les programmes d’armement exorbitants – et sans fin – qui servent principalement à d’autres objectifs que la défense du pays, et pour lesquels le peuple grec doit payer, au prix de grands sacrifices.

Il est caractéristique que les déclarations de Mitsotakis et Macron aient été dominées par des références à « l’orientation euro-atlantique des armements », à « l’autonomie stratégique européenne », à « la puissance géopolitique de l’Europe ». Tout cela annonce clairement de nouveaux plans agressifs et interventions impérialistes en Méditerranée orientale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au Sahel, région où la présence militaire de la France domine déjà et où la Grèce, qui participe déjà à certaines missions, est appelée à renforcer davantage sa participation dans le cadre de l’assistance stratégique mutuelle.

Des « armes nouvelles et modernes » seront également utilisées dans ces missions, comme le démontre la récente livraison de matériel militaire grec (le système de missiles « Patriot ») en Arabie saoudite.

Le partenariat stratégique entre la Grèce et la France ainsi que l’accord Grèce-États-Unis, qui sera prolongé de 5 ans, servent l’objectif du renforcement géostratégique de la classe dirigeante grecque, qui assume un rôle d’homme de main et entraîne le peuple dans des rivalités dangereuses qui s’intensifient tant au niveau régional que mondial, toujours au détriment des peuples.

Dans le cadre de cette stratégie anti-populaire, soutenue par ailleurs par SYRIZA et par le Mouvement pour le Changement (KINAL), la compétition entre les bourgeoisies de Grèce et de Turquie dans la mer Égée et la Méditerranée orientale s’intensifie et les droits souverains des peuples deviennent l’objet de marchandages impérialistes.

Pour ces raisons, il est essentiel que le peuple ne se laisse pas duper par des jubilations et des fanfaronnades exagérées, qu’il condamne les politiques de participation aux plans impérialistes et qu’il reste vigilant. »

Charlotte, féministe et sensibilisée aux inégalités socio-spatiales: portrait d’une militante résolue à articuler féminisme et lutte des classes

Portrait sur le crassier rouge de Charlotte, une jeune militante féministe des Jeunes Communistes de la Loire

D’abord, une présentation simple: ton âge, d’où tu viens, ce que tu fais dans la vie, dans quel milieu as-tu grandi?
Je m’appelle Charlotte, j’ai 19 ans, 20 ans dans un mois. Je viens d’un petit hameau situé à 15 minutes en voiture de Saint-Chamond. En septembre 2019, pour la première fois, que je quitte cette maison que je connais depuis mon enfance, et emménage à Saint-Étienne pour mes études en prépa littéraire. Cette expérience éprouvante, mais très enrichissante, touche à sa fin, ma vie à Saint-Étienne de même. À partir de septembre prochain, je m’installe sur Lyon pour poursuivre mes études dans une filière légèrement différente des lettres, la géographie. En effet, je souhaiterais me spécialiser en géographie, domaine bien plus riche que ce que l’on nous enseigne au lycée. La géo sociale, notamment, offre une analyse contemporaine et scientifique du monde d’aujourd’hui, celui des inégalités et des injustices, celui que l’on côtoie.

As-tu toujours été sensible à la politique ? Est-ce un événement particulier qui t’a fait t’y intéresser?
Non je n’y ai pas toujours été sensible, car ne venant pas d’une famille politisée, je commence en fait réellement à m’intéresser à la politique en première année de prépa, par le prisme des « inégalités socio-spatiales », fil rouge de mes cours de géographie. Et, progressivement, je me range du côté des soc-dem, bien que l’une de mes lectures préférées soit, ironiquement, le Manifeste du parti communiste. En décembre 2020, ma rencontre avec Arthur, jeune communiste, me conscientise sur la réalité des travers de notre société actuelle, et j’adhère assez rapidement aux mêmes idées politiques que lui.

Quand t’es-tu engagée politiquement ? Dans quel contexte ?
Je me suis officiellement engagée le 7 mars 2021. En effet, suite au femmage rendu aux victimes des féminicides conjugaux, et auquel sont présents des jeunes communistes, je me rends au local avec mes futurs camarades pour prendre ma carte. Cela faisait déjà quelques semaines que j’étais en phase avec les idées politiques de la JC, j’attendais seulement la bonne occasion pour adhérer.

Pourquoi cela t’a-t-il semblé important de t’engager, et d’aller plus loin, de prendre ta carte à la JC?
Je suis devenue adhérente pour plusieurs raisons. Évidemment déjà, je partage ce même idéal communiste qui nous est propre. Toutefois, c’est notamment les premières rencontres avec les camarades qui me poussent à m’engager. Ils m’accueillent toujours avec bienveillance. Ils m’inspirent la confiance, mais aussi le respect, pour les luttes qu’ils entreprennent, leur engagement, leur abnégation. Je me suis rapidement sentie à l’aise en leur compagnie, et bien que parfois un peu timide, je n’hésite pas à me rendre disponible pour prendre part avec eux à des actions.

Quelles sont les luttes dans lesquelles tu t’es déjà engagée, si c’est le cas?
Le féminisme est aussi une cause qui me tient profondément à cœur, et cela depuis mes années lycées. Je passe une essentielle partie de mon temps à me renseigner sur ce sujet, par le biais de lectures, de podcasts, de documentaires, de visio, en somme tout ce qui cultive en moi une certaine réflexion. Il m’arrive de faire des collages féministes le soir. Toutefois, autodidacte à ce sujet, et en désaccord politique avec les collectifs de Saint-Étienne, je choisis de coller seule.

Dans ton engagement politique, à quoi es-tu le plus sensible?
Comme je l’ai dit précédemment, je suis assez sensible aux questions féministes. Je suis notamment en train de rédiger, pour le Crassier Rouge, un compte rendu du livre Le Capitalisme Patriarcal, de Silvia Federici. Par conséquent, mon militantisme est aussi un défi qui vise à corréler au mieux ces deux causes, sans pour autant perdre de vue la ligne directrice qu’est la lutte des classes.

Qu’est-ce que tu penses que peut t’apporter le militantisme?
Être militante en tant que jeune communiste me permet de partager avec les camarades des moments d’engagement forts et d’autres plus informels où les échanges d’idées et d’expériences nourrissent là aussi ma pensée. De plus, c’est aussi un moyen de rencontrer de belles personnes, de nouer des amitiés, qui dépassent le contexte purement militant.

Comment conçois-tu le militantisme?
Je conçois d’abord le militantisme non comme une fin, mais plutôt un moyen de tendre vers un idéal auquel on aspire. De plus, bien que l’on se batte pour une cause commune, le militantisme est, en fait, très personnel à mes yeux. C’est un chemin qui se dessine différemment pour chacun selon les expériences, la façon de militer, le regard que l’on porte sur la cause.

Y’a-t-il quelqu’un qui t’inspire? (Figure politique)
Le Che est un personnage qui m’a toujours inspirée. Je trouve assez amusant l’image mythique et mystique qui s’est développée autour de lui au fil des années. Toutefois, comme je l’ai déjà dit, ce sont notamment certains camarades, par leur engagement et leur culture, qui m’inspirent et me rappellent que nous devons nous battre, ensemble, pour permettre un jour l’avènement du communisme.

De la Convention Citoyenne pour le climat à la Loi Climat et Résilience: un échec écologique et politique

Par Pierre

Landscape of Change – Jill Pelto

La loi climat et résilience est un projet de loi porté par le gouvernement Castex en 2021. Elle répond aux propositions faites par les citoyens et les citoyennes lors de la Convention Citoyenne pour le climat (CCC). Cette dernière a débuté en 2019, à la demande du premier ministre Édouard Philippe. Le but de cette convention était de proposer des mesures pour “définir les mesures structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990” [1]. La convention rend son rapport en 2020 et formule 149 propositions qui devaient être soumises “sans filtre” au Parlement ou à un référendum. Ces propositions s’inscrivent, en outre, dans le cadre du conseil de défense écologique et dans le projet de loi portant sur la lutte contre le dérèglement climatique et le renforcement de la résilience face à ses effets, projet de loi dit loi Climat-Résilience ou plus simplement loi Climat.

En retraçant la création de la CCC jusqu’à l’analyse de la loi Climat, la réponse face aux urgences climatiques et écologiques du gouvernement est dramatique. Plus généralement, la seule solution pour lutter contre cette crise sans précédent n’est autre que le renoncement à la course au profit en faveur d’une société socialiste qui (re)créera un lien métabolique élémentaire entre l’économie et la nature [2].

La Convention Citoyenne pour le Climat, une démocratie new-look?

Alors que la communauté scientifique internationale alerte depuis 1990 sur les dangers du changement climatique [3] en publiant près d’un rapport par an, les gouvernements néo-libéraux qui orchestrent la mondialisation préservent les intérêts capitalistes au détriment de l’environnement. La menace grandissante et les citoyens étant de plus en plus sensibilisés, le gouvernement français se devait de réagir. À la suite de la mise en place de débats citoyens lancés pendant le mouvement des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron décide de mettre en place la CCC pour laisser les citoyens définir des mesures afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030 par rapport à 1990. Les citoyens sont alors tirés au sort. Néanmoins, le doute est permis lorsque, parmi les 250 000 numéros de téléphone sélectionnés, le hasard a décidé de garder celui de Daniel Cohn Bendit, soutien d’Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017 [4].

De plus, permettre à des citoyens tirés au sort de proposer des lois qui touchent tous les secteurs : de l’agriculture à l’énergie en passant par les transports et l’alimentation reste ambitieux et audacieux. Loin l’idée de critiquer les citoyens impliqués avec persévérance et détermination dans ce projet, ou même de critiquer les mesures proposées, mais il est impossible de ne pas critiquer le cadre fonctionnel et les limites démocratiques au sein de la CCC. Par ailleurs, nous soutenons les citoyennes et citoyens qui, malgré les difficultés rencontrées, ont su garder la tête froide et proposer des mesures efficaces. Nous incitons ces citoyens à continuer la lutte et à toujours être force de proposition, même si le modèle néo-libérale dominant entrave le processus démocratique.

Premièrement, le tirage au sort pose quelques problèmes. En effet, il a été effectué selon “le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la catégorie socio-professionnelle selon l’Insee, le type d’aire urbaine et la région. Nous nous assurions également de la présence dans l’échantillon de personnes issues des quartiers prioritaires de la politique de la ville » [5]. La couleur et l’influence politique quant à elles ont été ignorées. Cela a pu, d’une certaine façon, conforter la pensée dominante libérale dans les débats en écartant les citoyens informés, politisés, militants etc., en opposition avec le système capitaliste. De plus, ces débats étaient organisés par un “comité de gouvernance” influant directement sur les décisions des citoyens, ce qui peut expliquer en partie le renoncement final à la proposition de réduction du temps de travail à 32 heures par semaine [6].

Ensuite, la mise en place de conventions citoyennes n’est pas une « aventure démocratique inédite » mais un modèle qui a lieu fréquemment. En 2002, une convention sur ordre ministériel s’était mise en place, intitulée Changements climatiques et citoyenneté. Elle proposait déjà des mesures intéressantes comme la taxation du kérosène ou la création d’un fonds mondial d’indemnisation des catastrophes naturelles, ou encore l’attribution aux énergies renouvelables des crédits affectés à la recherche nucléaire [6]. Très peu médiatisée, cette convention citoyenne a simplement été oubliée. Le caractère “inédit” de cette convention de 2020 repose sur le nombre de participants (150). Cependant, 150 citoyens n’est pas représentatif de la société dans son ensemble. Des chercheurs estiment que le nombre minimal de citoyens sélectionnés aurait dû être de 1000 pour que les mesures prises soient assez représentatives de la pensée collective des citoyens français.

Par ailleurs, il est déplorable et dangereux que ces citoyens n’aient pas suivi au préalable une formation initiale suivie d’une formation secondaire contradictoire ayant pour but d’éviter que les experts sélectionnés (pas forcément neutres) orientent les décisions des citoyens. De plus, ces formations permettent aux citoyens sélectionnés d’avoir tous les outils nécessaire pour comprendre les différentes problématiques, avant de prendre des mesures adéquates [7].

Procédure pour l’organisation d’une convention de citoyens (CdC) par une section compétente du Conseil économique, social et environnemental (CESE) ou par la Commission nationale du débat public (CNDP) [7].

En outre, la CCC a été dirigée non pas par un “comité de pilotage” indépendant qui n’intervient pas dans le débat, mais par un “comité de gouvernance” pouvant intervenir et jouer un rôle néfaste dans la mise en place des différentes propositions. Notons que parmi les membres qui devaient choisir les “experts” pour la CCC se trouvent Mme CatherineTissot-Colle, responsable du Medef et cadre d’Eramet, une multinationale de l’extraction minière, très polluante soumise à de nombreux scandales écologiques et sociaux [8].

Enfin, la mise en place de cette convention n’est pas démocratique mais plutôt monarchique dans le sens où, le président décide quand, où et comment. C’est lui qui fixe la méthodologie et qui se permet ou non de prendre en compte les propositions faites par les citoyens. Sans critères juridiques, il n’y a ni devoir ni structures qui définissent les cadres d’un tel dispositif. Toute l’architecture de la CCC repose sur une certaine confiance dans l’honnêteté du Président de la République. Comment faire confiance à quelqu’un qui casse le système social et protège la classe bourgeoise?

La CCC a été instrumentalisée et dirigée par la classe dominante. La réponse à la crise écologique est claire et les citoyens l’ont compris, la solution aux crises écologiques et sociales passe par l’abandon du système capitaliste et la redistribution des richesses : “Il est vain de penser l’action en matière d’atténuation du changement climatique sans remettre en cause le système économique qui est à l’origine de la catastrophe (économie (néo-)libérale choyée par nos gouvernements successifs)” écrira Jacques Testart.

Une “loi Climat” bien en deçà de l’urgence climatique et de l’effondrement de la biodiversité

Alors que les membres de la convention proposent des mesures concrètes et sommes toutes efficaces, le gouvernement reprend ses propositions en bafouant la démocratie et en prouvant une fois de plus leur autorité incontestable. Près de 50 mesures de la convention ont été “reprises ou partiellement reprises” [9]. Emmanuel Macron avait pourtant déclaré les soumettre toutes au Parlement ou à un référendum, à l’exception de trois mesures: la modification du préambule de la Constitution [10], la taxe sur les dividendes et la limitation de la vitesse à 110 km/h sur l’autoroute. C’est encore une fois la preuve d’un gouvernement qui utilise la répression, qui ne respecte pas la démocratie et qui s’attache à protéger les intérêts de la classe dominante. Alors que les travailleurs, les jeunes et les citoyens français ont conscience de l’urgence climatique, le gouvernement protecteur des lobbies semble encore douter de l’urgence et de l’importance de cette lutte. Encore une fois, les avis des scientifiques, et notamment du rapport du GIEC ne sont pas écoutés et pris en compte.

Le gouvernement annonce que cette loi permettrait de réduire de 6 à 10 millions de tonnes d’émission de dioxyde de carbone par an, or, pour respecter les accords de Paris, il faudrait réduire les émissions de 112 millions de tonnes de CO2 d’ici à 2030! Le Haut conseil pour le climat (créé par le gouvernement) souligne que la loi climat ne permet pas de respecter les accords de Paris, ni de respecter la stratégie bas carbone [11]. “La plupart des vingt et une mesures quantifiées par l’étude d’impact ont un effet potentiel limité sur le niveau des émissions, soit à cause de leur périmètre d’application restreint ou des délais allongés de mise en œuvre.” écrit dans son rapport le Haut conseil pour le climat [12]. Cette loi est un échec gouvernemental dont le seul but est de faire croire à un quinquennat soucieux de l’environnement.

Commencer un projet de société écologique c’est d’abord repenser l’organisation économique de la société. Un système économique de libre-échange, de délocalisation, de productivisme et d’exploitation des ressources naturelles ne peut pas proposer des lois qui amèneraient son implosion. Or, un projet de société écologique doit se baser sur la relocalisation de la production, la réappropriation des moyens de production par les producteurs eux-même, la réorganisation des filières industrielles, la sécurisation des emplois, le retour de l’importance de la durabilité des matériaux, l’abandon de toutes formes de profit, la mise en place de mesures radicales pour la protection de la biodiversité et des écosystèmes, etc.

Comment s’attaquer à la pollution de l’air alors que sur les 9 extensions d’aéroports prévues aucune ne sera interdite, alors que le trafic aérien devrait diminuer, que la proposition de mettre fin à certaines liaisons aériennes intérieures en les remplaçant par des lignes ferroviaires ne touche que 1 à 3 liaisons et que la proposition de mettre fin à la vente de véhicules polluants ne concerne qu’1 à 3 % des véhicules neufs vendus? De plus, le gouvernement parle d’une loi solidaire mais la proposition de “mettre fin à la location des logements les moins bien isolés, progressivement de 2025 à 2034” ne précise pas que c’est aux locataires souvent précaires de se retourner contre les propriétaires si ces derniers refusent les rénovations [13]. Par ailleurs, le gouvernement ne parle pas du devenir des salariés des secteurs menacés. En sommes, force est de constater le bilan désastreux du quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de politique écologique et sociale. Pour résumer, voici un tableau récapitulatif des propositions faites par la CCC face aux mesures prises par la loi Climat et Résilience avant et après passage à l’Assemblée [ici].

Pour faire face à ce défi de taille, nous devons planifier l’économie et l’agriculture. Renouer le lien entre la nature, l’économie et les hommes (appelé lien métabolique par Marx et Engels) n’est possible qu’en abolissant le capitalisme au profit du socialisme. Renouer ce lien, c’est avant tout repenser une économie dans laquelle les échanges de matières, liés au travail, entre les humains et leur milieu forment un cycle complet, où la matière prélevée se verrait restituée à la fin du cycle productif [14].

Face à l’urgence, une seule solution : la révolution du prolétariat pour redistribuer les richesses, se réapproprier les moyens de production, stopper cet hyper-productivisme et repenser la société dans un esprit de conciliation avec la nature, en ne consommant pas plus que les écosystèmes peuvent produire par exemple. Cette loi n’est qu’une mascarade à visée électoraliste. Derrière la destruction des écosystèmes et l’exploitation de la nature se cache le capital, ne soyons pas dupes.

Sources

[1] Site officiel de la Convention Citoyenne sur le climat, [en ligne], 2019
[2] Voir la théorie de la rupture du lien métabolique proposée par Marx et Engels, ci-joint un article expliquant cette théorie : Pierre Charbonnier, « De l’écologie à l’écologisme de Marx : », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 22 | 2012, URL : http://journals.openedition.org/traces/5468
[3] GIEC. Changement climatique : les évaluations du GIEC de 1990 à 1992. OMM ed., PNUE, 1992. IPCC.
[4] Robert, Anne-Cécile. “Au nom de l’urgence écologique.” Le Monde diplomatique, janvier 2020.
[5] Baïetto, Thomas. “Renouveau de la démocratie ou « régression » : que vaut vraiment la Convention citoyenne pour le climat ?” Franceinfo, 01 février 2020, http://www.francetvinfo.fr
[6] Testart, Jacques. “Quelques critiques de la convention citoyenne sur le climat.” ATTAC, 29 septembre 2020, https://france.attac.org/.
[7] Sciences Citoyennes. “La convention de citoyens.” sciencescitoyennes, mai 2016, http://www.sciencescitoyennes.org
[8] d’Allens, Gaspard. “Une lobbyiste de la pollution au cœur de la convention pour le climat.” Reporterre, Octobre 2019, http://www.reporterre.net.
[9] Berkaoui, Héléna. “Face à la Convention citoyenne pour le climat, Macron sort ses jokers.”, Mediapart, 2020. http://www.mediapart.fr
[10] Qui proposait d’ajouter : “La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité.”
[11] Chaillan, Pierre. De quelle loi climat la France a-t-elle besoin ? l’Humanité, 2021.
[12] Haut Conseil pour le Climat. Avis portant sur le projet de loi Climat et Résilience. HCC, 2021, https://www.hautconseilclimat.fr
[13] Collectif Jeune pour le Climat. “Loi climat: «Nous ne sommes pas dupes».” Mediapart, Avril 2021, http://www.mediapart.fr.
[14] Pierre Charbonnier, « De l’écologie à l’écologisme de Marx : », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 22 | 2012, URL : http://journals.openedition.org/traces/5468

8ÈME CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN: Pas un pas en arrière!

Par Hélène

Des médecins cubains reçoivent leur diplôme en 2005 à La Havane (Antonio Levi)

Contexte

En pleine pandémie mondiale et alors que les capitalistes prouvent à chaque instant qu’ils n’ont de solution que pour la conservation et l’augmentation de leurs profits, au détriment de tout, y-compris nos vies; Cuba développe 5 vaccins «maison» qui seront administrés à 70% de sa population d’ici août et permettront de venir ensuite en aide aux autres peuples dans le besoin. Chez nous, la casse des services publics et la réduction drastique du rôle de l’État orchestrées depuis des décennies a logiquement conduit vers une crise sanitaire désastreuse: «ils ont compté les sous, nous avons compté les morts». À Cuba, malgré toutes les attaques et restrictions que le pays subit des États-Unis, le socialisme a garanti depuis la Révolution de 1959 un système de santé sûr pour toutes et tous, inconditionnel, gratuit et ultra-performant, qui prouve toute son efficacité dans un moment historique comme celui que nous traversons dans la lutte face au Covid-19. C’est dans cette situation mondiale inédite que le Parti Communiste de Cuba (PCC) a tenu son 8ème Congrès, du 16 au 19 avril dernier.

Histoire et rôle

Après le triomphe de la Révolution cubaine de 1959, les forces politiques qui y avaient participé décident de s’unir. En 1961, le Mouvement Révolutionnaire du 26 juillet de Fidel Castro, la Direction Révolutionnaire du 13 mars et le Parti Socialiste Populaire (ex-Parti Communiste) donnent naissance aux Organisations Révolutionnaires Intégrées (ORI). En 1962, cette formation devient le Parti Uni de la Révolution Socialiste de Cuba (PURSC), qui prendra enfin le nom de Parti Communiste de Cuba (PCC) en 1965. Ce parti est donc né de la volonté des forces progressistes qui avaient vaincu la dictature de s’unir pour défendre et préserver les acquis de la Révolution. En mars 1974, Fidel Castro déclarait justement:

Le Parti est l’avant-garde du peuple, la sécurité du peuple, la garantie du peuple. […] L’organisation d’avant-garde est fondamentale. Savez-vous ce qui donne de la sécurité à la Révolution? Le Parti. Savez-vous ce qui donne à la Révolution sa pérennité? Le Parti. Savez-vous ce qui garantit l’avenir de la Révolution, ce qui donne vie à la Révolution, ce qui assure la destinée de la Révolution? Le Parti. Sans le Parti, la Révolution ne pourrait pas exister.

Le PCC est le parti unique et Cuba est régulièrement attaquée par nos sacro-saintes démocraties bourgeoises pour son absence de multipartisme. Mais ça n’est en aucun cas un problème. Pourquoi? D’abord, parce qu’il n’est pas dit que la démocratie soit garantie par une multitude de partis encartant à eux tous moins de 5% de la population mais cumulant à chaque élection plus de 50% d’abstention… Ensuite, parce que Cuba pratique une démocratie d’un stade plus avancé, où la population est directement et régulièrement impliquée dans les discussions et les décisions, où les élus rendent des comptes et sont révocables par leurs électeurs en cas de manquements.

Le clivage droite-gauche représente normalement l’affrontement entre les intérêts de la bourgeoisie et ceux du prolétariat; dans un pays qui a instauré le socialisme, ce clivage et le multipartisme qui l’accompagne n’ont plus lieu d’être puisqu’il n’y a plus de bourgeoisie. Le PCC défend les acquis de la Révolution et les intérêts du prolétariat, donc du peuple cubain tout entier. Ensuite, il est essentiel de comprendre que son rôle n’a rien à voir avec celui de nos partis occidentaux électoralistes; le PCC ne présente aucun candidat aux élections et nombreux sont les candidats et les élus à Cuba qui ne sont pas issus de ses rangs. Il faut lire à ce propos cet entretien concis mais très éclairant de Salim Lamrani: «Cinq questions-réponses sur les élections présidentielles à Cuba».

Le PCC est un parti d’avant-garde, traversé par des débats internes complexes et subtils qui échappent à la mauvaise foi de nos médias occidentaux, et dont le rôle est de réfléchir aux orientations de la société cubaine et de garantir la continuité du socialisme. Il se réunit donc en Congrès tous les 5 ans pour faire le point sur les erreurs à corriger et les efforts à poursuivre. Cette année, le Congrès débutait précisément au 60ème anniversaire de la proclamation du caractère socialiste de la Révolution par Fidel Castro le 16 avril 1961, juste après les obsèques des victimes des bombardements de l’attaque de la Baie des Cochons, organisée et financée par les États-Unis pour renverser la Révolution et rétablir ses intérêts économiques sur l’île, et heureusement mise en déroute par les forces cubaines.

Déroulement

Le Congrès s’est déroulé durant 4 jours au Palais des Conventions de La Havane. Du fait des mesures sanitaires dans la lutte contre le Covid-19, le nombre de délégués au Congrès a été limité à 300, proposés et élus démocratiquement par la base, et représentant plus de 700 000 militants regroupés dans environ 58 000 cellules.

Pendant près d’un an, une commission composée de représentants du PCC, du gouvernement, des organisations de masse (syndicats, union des femmes, etc), d’universitaires et de chercheurs, a travaillé assidûment à l’élaboration de documents qui ont servi de base aux travaux du Congrès. Ils donnaient notamment un bilan économique du pays pour les 5 dernières années, une évaluation des mesures mises en œuvre ces 10 dernières années pour l’actualisation du système économique, un plan national de développement économique et social à l’horizon 2030 et une mise à jour des orientations pour la prochaine période.

Les délégués ont travaillé dans diverses commissions pour évaluer les résultats économiques et sociaux du pays, l’état d’avancement de la stratégie pour la dynamisation de l’économie, le fonctionnement du parti, sa politique de cadres et ses liens avec la population. Le contexte économique, rendu de plus en plus difficile par le renforcement du blocus des États-Unis et la pandémie du coronavirus, a bien sûr été central.

De même, la question de la réunification monétaire s’est invitée au cœur des échanges. L’économie cubaine fonctionnait avec deux monnaies, une monnaie courante (le peso cubain) et une monnaie pour les échanges avec l’extérieur, pour capter des devises dans le commerce et le tourisme en particulier (le peso convertible, indexé sur le dollar). Cuba préparait depuis de nombreuses années le retour à la monnaie unique, mais la réunification monétaire a toutefois été source, bien sûr, d’importants changements dans le quotidien de la population; salaires multipliés par 4, inflation des produits courants, pénurie de produits de première nécessité, etc. De nombreux débats ont animé le Congrès à ce sujet pour initier des solutions concrètes et ne laisser personne à l’abandon.

Les délégués sont sortis du Congrès avec de nouvelles orientations et de nouveaux projets, dans la continuité des efforts déjà engagés malgré une conjoncture économique toujours difficile. Il convient de citer le renforcement de l’entreprise étatique en tant que sujet fondamental de l’économie nationale, le développement des coopératives et autres nouveaux acteurs économiques, la consolidation des acquis en matière de développement social (santé, éducation, culture…) et l’amélioration de la qualité des services de base, de la consommation et du niveau de vie, tandis que les questions touchant à la souveraineté alimentaire et énergétique et à la protection environnementale ont été transversales tout au long des débats.

Enfin, le Congrès a été l’occasion d’élire de nouveaux responsables aux commandes du PCC. Raul Castro a quitté la tête du Parti, remplacé par Miguel Diaz Canel, déjà élu à la Présidence du Conseil d’État depuis 2018 et Président de la République depuis 2019. Si les médias occidentaux ont encore pris cette nouvelle pour une énième occasion de scander avec vigueur leur tant attendue «fin du castrisme», pour les cubains il ne s’agissait rien de moins que d’une transition générationnelle inéluctable et préparée consciencieusement. Non le socialisme cubain n’est pas mort avec la chute de l’URSS, ni avec la mort de Fidel, et la retraite de Raul Castro ne l’affectera pas non plus, car, et c’est lassant de toujours devoir le répéter et l’expliquer: il ne s’agit pas d’un terrible-régime-sanguinaire-imposé-par-une-poignée-de-vieux-tyrans-barbus-en-uniforme mais bien d’une Révolution défendue par l’immense majorité d’un peuple qui s’est battu pour gagner sa souveraineté et qui continue de se battre pour la préserver face aux appétits capitalistes des grandes multinationales comme des États impérialistes.

Notons en outre que les réflexions ont été vives pour faire avancer les droits des femmes sur l’île mais aussi garantir la liberté d’orientation sexuelle et d’identité de genre, notamment avec l’appui de la Fédération des Femmes Cubaines. Le nouveau bureau politique du PCC compte 14 membres et le comité central 114, dont près de la moitié sont des femmes. Rien d’étonnant cependant quand on connaît la part occupée par les femmes dans la société cubaine et dans son système démocratique, avec 53% des sièges parlementaires occupés par des femmes en 2020, contre seulement 27% aux États-Unis et 32% dans l’Union Européenne (données de la banque mondiale).

Et après?

Le Congrès a achevé ses travaux autour d’un seul engagement: «défendre la Révolution et poursuivre, à un rythme accéléré, la construction d’un socialisme qui demande encore beaucoup d’efforts, car nous n’héritons pas d’une œuvre parachevée, mais d’une œuvre perfectible dont la poursuite est un honneur à assumer».

Afin que rien de ce qui a été décidé ne reste lettre morte, le bureau politique a produit une semaine plus tard un document résumant les idées et les orientations émanant du Congrès, qui sera fourni à tous les cadres et organisations de base du Parti et de l’Union de la Jeunesse Communiste, ainsi qu’aux dirigeants des organisations de masse et du gouvernement. Dans une logique permanente de transparence et d’échange avec la population, il sera également disponible sur les sites internet du Parti, des médias, des organisations de masse et de l’administration centrale de l’État. L’Université des sciences informatiques a également développé une application permettant de consulter le document sur smartphone.

Sources